🤓 😐 🙂
          L’intellectuel déphasé

Il est chauve, porte des lunettes fines
et une écharpe au cou été comme hiver
— non par frilosité, mais par cohérence intérieure. 

Il ne comprend pas le langage commun.

Encore moins le langage vulgaire.


Les sous-entendus lui échappent,
les blagues lui arrivent avec retard,
les colères lui semblent théoriques.

Habitat

Un intérieur tapissé de livres, du sol au plafond.
Peu de meubles.
Beaucoup d’idées.
Le Wi-Fi fonctionne très bien.
La télévision n’est jamais entrée.
Les réseaux sociaux non plus
— par principe, pas par ignorance.

Signe distinctif

Quand on lui parle,
il sourit doucement et hoche la tête.
Non pas pour acquiescer,
mais pour maintenir la conversation en vie. 
Il ne sait pas toujours s’il est d’accord.

Il sait juste qu’il est poli.

Angle mort révélateur

Il comprend le monde à travers des concepts raffinés
mais trébuche sur les phrases ordinaires. 

Il croit parfois qu’un sourire suffit
à remplacer une prise de position. 

Il repart convaincu d’avoir partagé quelque chose.

Les autres repartent persuadés qu’il était d’accord. 

Ce qui est précieux avec ce portrait,
c’est qu’il ne ment pas.
Il ne manipule pas.
Il n’est même pas perché. 

Il est juste hors fréquence. 

Dans Brouhaha-les-Neurones,
il ne fait pas de bruit,
mais il crée des malentendus feutrés,
ceux qui nourrissent les discussions plus tard,
souvent résumées ainsi :
« Il était là, hein… il a hoché la tête. » 

Et c’est exactement comme ça
que naissent certaines certitudes collectives
sans que personne ne les ait vraiment formulées.
Recherche