Scène 2

Un peu plus tard, le Café est devenu un carrefour.
Les conversations se croisent.
Personne ne finit vraiment ses phrases. 
Un vacancier parle fort, debout près du comptoir.
Il a l’air enthousiaste, presque brillant.
Il sourit beaucoup. 
Ce que j’ai aimé, dit-il,
c’est qu’on nous a montré que tout avait un sens.
Même ce qu’on croyait absurde. 

Lucia lui sert un verre d’eau.

Vous cherchiez quoi en venant ? 

À comprendre, répond-il sans hésiter.
Avant, j’avais des morceaux. Maintenant, j’ai une vision.
Il fait un geste circulaire.
Globale. 

Le pilier qui sait tout acquiesce.

Quand on a la vision d’ensemble, on n’est plus manipulable. 

Le méfiant sélectif fronce les sourcils.
À condition de savoir qui fait les liens. 
Justement, reprend le vacancier,
c’est à chacun de faire les siens.
C’est ça qui est intelligent. 

Une femme, assise plus loin, intervient doucement.
Moi, ça m’a surtout donné l’impression
qu’il fallait avoir un avis sur tout.
Il se tourne vers elle, surpris.

Mais c’est ça, réfléchir. 

Peut-être, dit-elle.
Mais à force de relier, j’ai perdu le fil.
Je ne savais plus ce qui venait de moi. 

Un court silence. 

Le commentateur sans écran comble le vide :
De toute façon, aujourd’hui, faut être informé. 

Oui, répond la femme,
mais informée de quoi ? 

Personne ne répond vraiment. 

Pierrot pose un verre un peu plus fort que nécessaire.
À force de tout relier, on finit parfois par s’emmêler. 

Le vacancier rit.

C’est normal au début. Après, ça s’éclaire. 

Lucia regarde la femme.
Et vous, ça vous a éclairée ? 
Elle hésite.

Non.
Puis :
Mais ça m’a fatiguée. 

Lucia hoche la tête.
C’est déjà une information. 

La conversation repart ailleurs. 
Terrienne note.
L’Écho lui rappelle qu’on confond souvent penser large
et ne plus savoir où l’on est
Elle se souvient d’un temps
où relier l’aidait à tenir debout.
Et d’un autre
où ça l’empêchait de s’asseoir.
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