😐 🤨 🙂
   Le commentateur sans écran

Il n’a « pas Internet pour ces conneries ».
Il le dit souvent.
Avec fierté.

Et une certaine tranquillité morale. 

Pourtant, il sait exactement ce qui circule.
Les débats du moment,
les phrases qui montent,
les indignations prêtes à servir.

Il n’y a jamais touché,
mais tout lui est parvenu. 

Habitat

Une maison bien tenue.
Rien de superflu.
La radio allumée en fond,
comme un compagnon discret.
Les informations entrent par capillarité humaine :
un voisin,
un collègue,
un passage au marché,
une phrase reprise sans qu’on sache d’où elle vient.
Elles circulent,
se déposent,
et repartent. 

Signe distinctif

Ses phrases se retrouvent mot pour mot en ligne.
Il jure ne jamais commenter.
Il affirme ne pas participer.
Mais ses mots, eux, voyagent très bien sans lui.
Ils se glissent dans d’autres bouches,
avec la même assurance tranquille. 

Angle mort révélateur

Il confond absence d’outil et absence de responsabilité.
Il croit que ne pas écrire,
ne pas cliquer,
ne pas poster,
le tient à l’écart du brouhaha.

Il ignore que la parole circule

même quand on se croit hors réseau. 

Au Café du Nord,

il parle doucement.

Lucia l’écoute.

Pierrot essuie le comptoir.

Et quand une phrase familière surgit,
quelqu’un demande :
« Tu l’as entendue où, celle-là ? »

Il hésite.

Il sourit.

Il ne sait plus très bien. 

Le calme revient.

Pas par déni.
Par prise de conscience diffuse :
le réseau commence parfois
là où l’on croyait être seul.
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