
Carnet de Route – Terrienne & l’Écho
Je marche sans savoir où finit le sentier.
Chaque pas me dépouille un peu plus de ce que je croyais être.
Je n’ai pas de carte, seulement le vent pour boussole.
Il fallait grandir et obéir.
Les règles ne disparaissaient pas, elles se multipliaient.
J’ai dit merci.
Chaque pas me dépouille un peu plus de ce que je croyais être.
Je n’ai pas de carte, seulement le vent pour boussole.
Je plante parfois des balises dans l’invisible :
des mots, des lueurs, des miettes de sens pour ne pas me perdre.
Mais il arrive que la forêt reprenne tout.
Alors j’apprends que ce qui disparaît n’est jamais perdu.
C’est gardé plus profond, pour plus tard.
des mots, des lueurs, des miettes de sens pour ne pas me perdre.
Mais il arrive que la forêt reprenne tout.
Alors j’apprends que ce qui disparaît n’est jamais perdu.
C’est gardé plus profond, pour plus tard.
Je viens d’un village qui n’existe plus que dans mes souvenirs.
Il sentait la terre, les pommes mûres et la soupe aux légumes.
Les voix des anciens s’y mêlaient à celles des enfants.
On y apprenait très tôt à dire bonjour, s’il te plaît, merci.
On ne coupait pas la parole, on ne mangeait pas la bouche pleine.
Et “on”, pour parler de soi, était banni.
« On, c’est un con », disait ma mère, pour rappeler que le seul narrateur valable commence par je.
Il sentait la terre, les pommes mûres et la soupe aux légumes.
Les voix des anciens s’y mêlaient à celles des enfants.
On y apprenait très tôt à dire bonjour, s’il te plaît, merci.
On ne coupait pas la parole, on ne mangeait pas la bouche pleine.
Et “on”, pour parler de soi, était banni.
« On, c’est un con », disait ma mère, pour rappeler que le seul narrateur valable commence par je.
J’ai appris la patience au bord de l’eau, en pêchant.
Je revois la cuisine, la nappe à carreaux rouges et blancs,
les yeux bleus de ma mère, capables d’amour même en colère.
Le rire discret et les mimiques de mon père, déjà heureux à l’odeur du poulet du dimanche.
Ma grand-mère, parfumée à la violette, m’apprenant à faire des gâteaux.
Mon frère, le petit homme.
Mon meilleur ennemi, mon ami.
les yeux bleus de ma mère, capables d’amour même en colère.
Le rire discret et les mimiques de mon père, déjà heureux à l’odeur du poulet du dimanche.
Ma grand-mère, parfumée à la violette, m’apprenant à faire des gâteaux.
Mon frère, le petit homme.
Mon meilleur ennemi, mon ami.
Les rituels minuscules et solides rythmaient les années.
Tout était rassurant. Tout était vrai.
Tout était rassurant. Tout était vrai.
Puis le monde s’est élargi.
Le collège, le lycée, les premiers émois.
Le collège, le lycée, les premiers émois.
Les p'tits boulots et les études.
Il fallait grandir et obéir.
Les règles ne disparaissaient pas, elles se multipliaient.
Les lucioles de mon enfance se sont éteintes peu à peu.
Je suis devenue sourde à ma petite voix.
Je me suis installée...ailleurs.
Je suis devenue sourde à ma petite voix.
Je me suis installée...ailleurs.
plusieurs fois ...
Un couple, deux enfants,
autant de petites joies que de grandes peines.
J’y suis revenue souvent, dans MON village.
Il était, tout entier, mon terrain de jeux.
Son territoire, mon meilleur professeur.
Quand il m’est devenu impossible d’y remettre les pieds,
j’ai compris une chose simple :
on n’abandonne jamais vraiment ce qui nous a formés.
Il était, tout entier, mon terrain de jeux.
Son territoire, mon meilleur professeur.
Quand il m’est devenu impossible d’y remettre les pieds,
j’ai compris une chose simple :
on n’abandonne jamais vraiment ce qui nous a formés.
J’ai continué à marcher, le cœur empli de nostalgie,
avec le vent seul pour témoin.
Il me soufflait d’aller plus loin,
d’ouvrir les yeux sur la lumière et les ombres qu’ils reflètent.
avec le vent seul pour témoin.
Il me soufflait d’aller plus loin,
d’ouvrir les yeux sur la lumière et les ombres qu’ils reflètent.
Alors j’ai posé des mots comme des pierres blanches.
À chaque halte, un morceau de moi se déposait.
J’ai rencontré mes ombres.
La peur. La honte. La colère.
Elles riaient quand je voulais les corriger.
Elles disaient : nous sommes ta lumière renversée.
La peur. La honte. La colère.
Elles riaient quand je voulais les corriger.
Elles disaient : nous sommes ta lumière renversée.
La compassion a commencé là,
le jour où j’ai cessé de vouloir être parfaite.
le jour où j’ai cessé de vouloir être parfaite.
J’ai grandi dans des cadres.
Cadres de portes, cadres de règles, cadres de photos où personne ne souriait vraiment.
On m’a appris à me taire avant de savoir dire.
À remercier avant de comprendre pourquoi.
Cadres de portes, cadres de règles, cadres de photos où personne ne souriait vraiment.
On m’a appris à me taire avant de savoir dire.
À remercier avant de comprendre pourquoi.
Plus tard, j’ai voulu rompre le fil, ne garder que la sève.
Et j’ai compris que la sève venait d’eux.
Et j’ai compris que la sève venait d’eux.
J’ai cessé de juger.
J’ai reconnu en moi la mère qui doutait, le père qui grondait, l’enfant qui n’osait pas.
J’ai reconnu en moi la mère qui doutait, le père qui grondait, l’enfant qui n’osait pas.
J’ai dit merci.
J’ai cherché l’amour comme on cherche l’eau dans le désert.
Je l’ai d’abord cherché dans le regard de l’autre.
Puis j’ai compris qu’aimer n’est pas combler,
mais rencontrer sans se perdre.
Je l’ai d’abord cherché dans le regard de l’autre.
Puis j’ai compris qu’aimer n’est pas combler,
mais rencontrer sans se perdre.
J’ai déposé mes blessures dans le coffre des souvenirs.
Et j’ai posé la clé.
Les chaînes sont tombées d’elles-mêmes.
Et j’ai posé la clé.
Les chaînes sont tombées d’elles-mêmes.
Je marche désormais mieux ancrée, plus légère,
entre les cailloux et les étoiles.
Je ne cherche plus le but.
Je cherche le sens.
entre les cailloux et les étoiles.
Je ne cherche plus le but.
Je cherche le sens.
Je regarde en arrière.
Tout forme un seul paysage.
Et j’y vois de la beauté.
Tout forme un seul paysage.
Et j’y vois de la beauté.
La lumière filtre à travers les branches.
Elle ne m’aveugle plus.
Elle m’invite.
Elle ne m’aveugle plus.
Elle m’invite.
Je n’attends plus la fin du chemin.
Je l’invente.
Je l’invente.